Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi à Afrine dans le nord de la Syrie contre la Turquie, alors que les spéculations vont bon train sur la préparation par Ankara d’une attaque contre cette région frontalière contrôlée par des combattants kurdes.

ANF Images

Arborant des drapeaux des Unités de protection du peuple kurde (YPG) et des portraits d’Abdullah Öcalan –le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné en Turquie–, les manifestants ont défilé le long d’une grande rue de la ville en scandant “Non à l’intervention turque”, selon des images diffusées par des dirigeants et activistes kurdes ainsi que l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). “Tous les habitants d’Afrine, arabes et kurdes, ont répondu à l’appel des partis kurdes à manifester mercredi pour exprimer leur opposition à l’intervention turque”, a déclaré Souleimane Jaafar, un responsable kurde dans le district d’Afrine (province d’Alep). Ils ont voulu, selon lui, “affirmer leur soutien aux forces de protection des frontières et à nos forces présentes sur les fronts pour protéger nos terres”. Au cours des derniers jours, l’armée turque et les YPG ont échangé des tirs à plusieurs reprises dans la zone frontalière, provoquant mardi la mort de trois civils, alors que des informations font état ces derniers jours de préparatifs turcs pour une attaque contre les forces kurdes à Afrine. “Depuis le début (en 2011) de la crise syrienne, aucun coup de feu n’a été tiré d’Afrine en direction de la Turquie”, a affirmé M. Jaafar, qui a accusé Ankara “de tirer sur nous”. Le quotidien turc Sabah a affirmé dimanche que les rebelles syriens soutenus par la Turquie étaient en état d’alerte et que la Turquie pourrait déclencher une opération contre les YPG, la Russie en assurant la couverture aérienne. Le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin avait affirmé samedi que la Turquie réagirait “immédiatement” à toute menace provenant de Syrie, qu’il s’agisse du groupe djihadiste Etat islamique (EI), du PKK ou des YPG. Ankara considère les YPG comme une émanation en Syrie du PKK, organisation séparatiste kurde classée “terroriste” par la Turquie et ses alliés occidentaux. Mais Washington considère ces milices kurdes comme les seules forces locales capables de lutter au sol contre l’EI et leur fournit des armes, au grand dam de la Turquie. La Turquie redoute la création d’une zone contrôlée par les Kurdes dans le nord de la Syrie, à sa frontière. Elle a ainsi lancé en août une offensive terrestre dans le nord syrien afin de repousser l’EI de sa frontière, mais également pour empêcher la jonction entre des zones contrôlées par les YPG.

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