Le 31 mars prochain se dérouleront les premières élections locales en Turquie depuis la tentative de coup d’État du 16 juillet 2016. Dans les semaines et mois qui avaient suivi, le président Erdogan avait profité de l’émotion suscitée par l’événement pour cibler particulièrement le Parti démocratique des peuples (HDP) en emprisonnant ses premiers dirigeants, Selahattin Demirtas et Figen Yuksedag, mais aussi la plupart de ses députés, des maires, des centaines de militant·e·s et de sympathisant·e·s, en même temps que de nombreux journalistes, enseignant·e·s, juristes, universitaires, fonctionnaires ou écrivains, militant·e·s des droits humains. Les procès les plus iniques se déroulent accusant de « complicité terroriste » tout·e dirigeant·e politique appelant à la paix et la négociation avec le PKK.

Recep Tayyip Erdogan a fait encore envoyer derrière les barreaux des centaines d’élu·e·s municipaux et placer d’autorité sous tutelle administrative plusieurs municipalités dirigées par des maires affilié·e·s au HDP. A quelques jours du scrutin, les habitant·e·s de ces villes, dont les conditions de vie se sont dégradées, découvrent que les budgets municipaux ont été dilapidés, les villes surendettées, les marchés municipaux distribués aux réseaux clientélistes des soutiens d’Erdogan dans le pays. R.T. Erdogan inaugure à la veille de ce scrutin  une nouvelle forme de gouvernance locale en annonçant d’emblée que toutes nouvelles municipalités HDP élues seraient immédiatement révoquées.

Aujourd’hui, les démocrates tels que les membres du HDP sont empêchés de faire campagne: les candidat·e·s sont interdit·e·s de passage dans les médias, leurs spots officiels sont censurés, les réunions publiques prohibées et toute initiative placée sous haute surveillance.
Tandis que de nombreux élu·e·s sont en grève de la faim dont la députée Leyla Güven, ou Zülküf Gezen qui vient de trouver la mort dans des circonstances tragiques, pour alerter sur leurs conditions d’emprisonnement et pour réclamer la fin de la mise en  isolement d’Abdullah Ocalan, dirigeant du PKK, les islamos-conservateurs de l’AKP, le parti du président Erdgoan, font régner un climat de peur, d’agressivité et de tensions.

Les candidat·e·s et militant·e·s du HDP en permanence menacé·e·s font preuve d’un courage exceptionnel qu’il faut saluer et soutenir de toutes nos forces. Elles et ils ont besoin de notre solidarité active pour dénoncer la complaisance des autorités françaises et de trop nombreux pays membres de l’UE par Recep Tayyip Erdogan et le pouvoir autoritaire en place en Turquie.
Les Kurdes et peuples de Turquie en lutte pour la reconnaissance de leurs droits politiques et culturels sont systématiquement réprimés : à nouveau, comme aux heures les plus sombres de l’histoire de la Turquie, période durant laquelle se dire kurde ou s’exprimer en kurde était interdit.
J’en appelle au président Emmanuel Macron et à son ministre Jean-Yves Le Drian  pour que la France donne enfin de la voix en faveur de la libération de Selahattin Demirtas, président d’honneur du HDP, député, que j’ai le privilège de parrainer. J’appelle chacune et chacun à manifester son soutien à la candidature de Selahattin Demirtas au prix Nobel de la Paix 2019.

Avec lui tous les prisonniers politiques parmi lesquels Abduallah Ocalan qui a, maintes fois ces dernières années, appelé à des pourparlers de paix avec Erdogan. Les forces du PKK ont contribué à lutter contre la progression de l’organisation de l’État islamique en Irak et en Syrie ; elles ont sauvé de milliers de femmes et d’hommes de la mort dont les yézidis. La sortie du PKK des listes européennes des organisations terroristes est incontournable pour ouvrir une perspective de paix en Turquie et dans la région.

Source: http://international.pcf.fr/110910