Le général Mazloum Abdi à Munich : les Kurdes, acteurs de l’avenir syrien ?

Interview avec Mazlum Abdi à Munich

Par Kamal Chomani, publié dans The Amargi

Le dernier jour de la Conférence de Munich sur la sécurité, j'ai rencontré le général Mazloum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS). Sa présence à la conférence a marqué un moment important : non seulement en tant que chef militaire ayant contribué à démanteler le califat de l'État islamique (EI), mais aussi en tant qu'acteur politique façonnant l'avenir incertain de la Syrie.

Le parcours d’Abdi est extraordinaire. Autrefois associé au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), désigné comme organisation terroriste par les États-Unis en 1997, il est ensuite devenu le partenaire le plus important de Washington dans la lutte contre l’EI. À partir de 2014, alors qu’il existait peu d’alliés viables sur le terrain en Syrie et en Irak, les forces kurdes inspirées par la pensée politique d’Abdullah Öcalan sont apparues comme l’épine dorsale de la campagne de la coalition internationale. Sous le commandement d’Abdi, une force diversifiée de plus de 60 000 Kurdes, Arabes, chrétiens et yézidis a vaincu la capitale territoriale de l’EI.

Mais la victoire militaire n’a pas apporté de certitude politique. Avec l’évolution des priorités américaines sous la présidence de Donald Trump et les nouveaux calculs régionaux, les FDS ont entamé des négociations fragiles avec Damas. L’accord conclu le 10 mars entre les FDS et les nouveaux dirigeants syriens sous Ahmed al-Sharaa n’a été que partiellement mis en œuvre. À la fin de 2025, les tensions se sont intensifiées. Le mois de janvier a vu la reprise des affrontements entre les FDS et l’armée arabe syrienne, qui ont abouti à un accord de cessez-le-feu le 29 janvier, garanti par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, et soutenu par les Nations unies.

À Munich, Abdi a participé à des réunions de haut niveau avec des dirigeants mondiaux, dont le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Malgré son emploi du temps chargé, il a accepté de répondre à mes questions

Dans cette interview exclusive, j’ai posé au général Abdi des questions ardues sur la guerre, la gouvernance, les alliances, les erreurs et l’avenir des Kurdes en Syrie. Contrairement à de nombreux dirigeants de la région, il n’a pas éludé ses responsabilités. Il a reconnu ses erreurs de calcul et a parlé ouvertement des limites du pouvoir militaire sans règlement politique.

Sur le changement politique et les relations internationales

Chomani : Merci de nous accorder de votre temps. Je sais que vous devez être fatigué, vous avez rencontré des dirigeants internationaux pendant plusieurs jours. C’est la première fois que vous participez à la Conférence sur la sécurité de Munich en tant que dirigeant syrien et kurde. Comment vivez-vous cette situation et pourquoi maintenant ? Après avoir mené la guerre contre le terrorisme et collaboré avec la coalition mondiale contre Daech pendant 10 à 15 ans, vous êtes maintenant en Europe pour rencontrer des responsables internationaux. 

Abdi : C’est vrai, beaucoup de choses ont changé. Il y a quinze ans, les réactions et les positions étaient différentes. C’était la principale raison pour laquelle nous ne pouvions pas venir ici. De nombreuses forces internationales et régionales s’opposaient à notre participation. Aujourd’hui, cependant, nous nous trouvons dans une nouvelle configuration. Je pense que c’est le résultat de 15 années de lutte, en particulier de la guerre contre l’EI et de la résistance de notre peuple. Cela a amené les puissances internationales à changer de position. La situation en Syrie et au Moyen-Orient a changé. En conséquence, la position de nombreuses forces internationales a également changé.

Nous voulons maintenant trouver une solution pour la Syrie qui inclut non seulement l’État syrien, mais aussi les FDS. C’est ainsi qu’est venu pour tout le monde le moment d’accepter que les représentants kurdes du Rojava et des FDS puissent participer à cette conférence afin de contribuer à la solution.

Chomani : Peut-on dire que les États qui étaient auparavant opposés à votre participation, tels que les États européens ou les États-Unis, ont changé d’avis, y compris la Turquie ?

Abdi : Oui, les choses ont définitivement changé. Sinon, cela ne se serait pas produit. Auparavant, certains d’entre eux hésitaient à nous rencontrer ouvertement. Aujourd’hui, cependant, nous constatons qu’ils sont prêts à engager des discussions officielles. De nombreux États se rapprochent de nous, non seulement sur le plan militaire et du renseignement comme auparavant, mais aussi sur le plan politique. Oui, la position de la communauté internationale à l’égard du Rojava et des FDS a changé.

À propos des négociations avec Damas et du statut de « brigade »

Chomani : Il y a un mois, la guerre a éclaté entre les FDS et l’armée syrienne. Mais aujourd’hui, nous voyons Mme Ilham Ahmed et le ministre syrien des Affaires étrangères Shibani ici avec vous, dans le cadre d’une délégation syrienne conjointe qui rencontre les dirigeants de la communauté internationale. Un mois après la guerre, vous agissez désormais conjointement en tant qu’acteurs politiques syriens au sein de la communauté internationale. Comment ces changements se sont-ils produits ?

Abdi : C’est vrai, nous avons connu un conflit. C’était aussi le résultat des politiques nocives de certaines forces internationales qui ont permis à cette guerre d’éclater et de s’étendre. Mais la résistance de notre peuple a permis de déployer de nombreux efforts pour trouver une solution, et de conclure un cessez-le-feu.

Chomani : S’agit-il d’un cessez-le-feu ou d’un accord ?

Abdi : Les deux. D’abord, un cessez-le-feu, qui est toujours en vigueur, et ensuite, l’accord du 29 janvier.

Chomani : Pourquoi cet accord n’a-t-il pas été officiellement rendu public ?

Abdi : C’est vrai, il n’a pas encore été publié. Cependant, ses grandes lignes ont été dévoilées par les deux parties. Nous appelons cet accord « L’accord du 29 janvier ». Nous étions parvenus à un accord le 18 janvier, mais nous avons ensuite jugé nécessaire d’apporter des modifications à de nombreux points. Nous nous sommes réunis à Damas et avons procédé à quelques ajustements. 

Chomani : Quels ajustements ?

Abdi : Par exemple, les FDS ont été acceptées comme brigades à part entière au sein de l’armée syrienne, ce qui n’était pas le cas auparavant. De plus, il a été convenu que les négociations se poursuivraient afin de reconnaître la langue kurde comme langue officielle dans l’éducation. Cela signifie que le résultat de 14 années de travail acharné de l’Administration autonome pour construire des institutions et enseigner aux enfants sera officiellement et légalement reconnu. Plusieurs points qui ne faisaient pas partie de l’accord du 18 janvier ont été ajoutés. Les points généraux ont été rendus publics. Cependant, nous dévoilerons prochainement l’intégralité de l’accord, signé par le président syrien et moi-même.

Réponse aux critiques et à l'argument de la « trahison américaine »

Chomani : Après la guerre, trois thèses se sont imposées dans la sphère politique kurde : selon la première, les États-Unis ont trahi les Kurdes. Selon la seconde, le projet des FDS, en particulier l’alliance avec les tribus arabes, a échoué. Selon la troisième enfin, le projet de confédéralisme démocratique a pris fin. Que répondez-vous à ces trois assertions ?

Abdi : Aucune des trois n’est fondée. La réalité est plus complexe qu’une simple opposition binaire. Certes, il y a des problèmes qui doivent être exprimés et qui ont entraîné des changements cruciaux. Mais il ne serait pas juste d’aborder la question sous l’angle du tout ou rien. Nous ne pouvons pas dire que les États-Unis ont commis une trahison. Les États-Unis ne nous ont pas fait une promesse pour ensuite la rompre. Les États-Unis sont venus ici pour combattre Daech, ils ont donc collaboré avec les FDS. Ils ne sont pas venus pour se battre à nos côtés contre la Turquie ou l’État syrien. Bien sûr, la position des États-Unis était très faible, ce qui a suscité la déception au sein de notre peuple, qui ne s’attendait pas à ce qu’ils agissent de cette manière. Cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Récemment, cependant, la politique américaine a changé, comme on a pu le constater. Les États-Unis se sont engagés à mettre fin à la guerre après qu’elle ait atteint les zones à majorité kurde.

Ils auraient dû adopter cette position dès le début. On peut dire que la position des États-Unis était faible. Cependant, les manifestations, les efforts diplomatiques considérables et la résistance sur le terrain après que la guerre ait atteint les zones kurdes ont conduit à un changement de l’opinion publique, qui a influé sur la position des États-Unis. 

En ce qui concerne les Arabes, il ne serait pas juste de dire qu’ils nous ont trahis. Beaucoup d’Arabes se trouvent encore dans nos rangs, même si de nombreux autres ont quitté les FDS. Même si certains nous ont trahis, nous ne devons pas généraliser. La moitié des martyrs des FDS sont arabes. Nous avons beaucoup de familles de martyrs arabes. Bien sûr, il y a des lacunes et des critiques. En fin de compte, nous voulons souligner que le projet en lui-même n’est pas mauvais, mais que sa mise en œuvre a été entachée de nombreuses erreurs. S’il n’y avait pas eu d’erreurs, on n’en serait pas là. Il y a eu des erreurs, et c’est pourquoi nous avons abouti à ce résultat, qui est critiqué. La critique est valable et nécessaire. Cependant, il est important d’aborder la critique de la bonne manière afin que nous puissions voir nos lacunes et les corriger.

Chomani : De nombreux journalistes et critiques affirment que les FDS, en particulier leurs dirigeants, ont commis une erreur de calcul. Alors même que les États-Unis ont déclaré qu’ils étaient là uniquement pour combattre Daech, les FDS et les Kurdes leur ont accordé une grande confiance. Pourquoi ? Tom Barrack avait précédemment déclaré : « Nous voulons une autre Syrie, la décentralisation est terminée, il ne doit y avoir aucune force en dehors de l’État, l’État doit avoir le monopole de la contrainte. » Plusieurs responsables américains ont également déclaré que l’administration Trump avait changé. L’administration de 2016 était axée sur la sécurité, mais l’administration actuelle est axée sur la prospérité, sur la collaboration entre les peuples du Moyen-Orient. Cependant, cela n’inclut pas la décentralisation et l’existence de forces extérieures à celles de l’État. Alors pourquoi les FDS n’ont-elles pas appréhendé cela de façon à prendre de meilleures mesures au cours du mois dernier ?

Abdi : Les calculs politiques des États-Unis et des États occidentaux et européens en général n’ont pas fait l’objet d’une évaluation correcte.  C’est ce qui explique les évolutions négatives. Nous devons en prendre conscience. Mais la tâche qui nous incombe dans l’immédiat est d’écarter la menace qui pèse sur l’existence du peuple kurde. Nous devons protéger l’existence de notre peuple, faire tout ce qui est nécessaire pour cela maintenant. Tout notre peuple doit se concentrer sur cet objectif. Ce n’est pas le moment de relâcher la pression. Nous devons prendre nos précautions et forger notre unité. Nous devons surmonter la menace qui pèse sur nous. Nous devons mener une lutte acharnée. Ensuite, nous aurons le temps de réfléchir à nos erreurs, à ce qui n’a pas fonctionné. Nous devons aujourd’hui réfléchir à la manière d’anticiper ce qui va arriver et de protéger notre peuple. Beaucoup de gens critiquent, et leurs critiques sont justifiées. Beaucoup de gens veulent soulever certaines questions, et c’est leur droit. Mais à l’heure actuelle, notre objectif fondamental est de surmonter le danger qui menace l’existence de notre peuple. Nous poursuivrons notre lutte dans ce sens. Et bien sûr, à l’avenir, nous nous concentrerons sur les erreurs qui ont été commises. 

Le rôle d'Abdullah Öcalan et le soutien international et de la France en particulier

Chomani : Mais comme vous l’avez dit, le peuple kurde et les dirigeants kurdes se sont réunis, du Kurdistan méridional au Kurdistan oriental, et de la diaspora au Nord-Kurdistan et au Rojava. Ils ont œuvré pour protéger les Kurdes. Car les Kurdes étaient sur le point de subir un génocide au Rojava. Il est dit que M. Abdullah Öcalan a joué un rôle crucial dans les réunions qui ont eu lieu. Quel a été le rôle d’Abdullah Öcalan et des autres dirigeants kurdes dans l’accord du 29 janvier ?

Abdi : Tous les Kurdes y ont joué un rôle, que ce soit dans la diaspora ou dans les différentes régions du Kurdistan. Lorsque le danger surgit, les Kurdes se soulèvent. Cela est étroitement lié aux caractéristiques des Kurdes. Le danger était énorme, tout comme la réaction qu’il a suscitée. Comme je l’ai déjà évoqué, les dirigeants kurdes des quatre régions du Kurdistan ont adopté une position ferme. Et oui, Imrali [prison où est détenu Abdullah Öcalan] a joué un rôle important. Auparavant, avant le début de cette guerre, deux messages avaient été envoyés depuis Imrali aux FDS, disant « il doit y avoir une solution, il doit y avoir un accord ». Imrali a également joué un rôle important par la suite pour que le cessez-le-feu soit conclu et que l’accord soit signé.

Chomani : Le rôle de la communauté internationale a été très important, notamment celui du président français Macron. Vos rencontres avec lui n’étaient pas seulement celles de deux hommes politiques, mais de deux personnes véritablement investies dans cette question. Vous vous êtes embrassés très chaleureusement. Quel a donc été le rôle de la communauté internationale, des États-Unis et de la France en particulier, dans l’accord du 29 janvier ?

Abdi : Avant de conclure l’accord du 29 janvier, nous avons contacté le président Macron à plusieurs reprises au sujet des dispositions de l’accord. Il a pris en compte nos opinions et nous a fait part des siennes. Il a donc participé à ce processus. Mais nous ne nous sommes pas rencontrés. Nous avons communiqué par téléphone. Et pour l’accord du 29 janvier, il a joué un rôle. Il s’est entretenu à plusieurs reprises avec al-Sharaa, ainsi qu’avec nous, afin que nous parvenions à une conclusion. Il a travaillé sur les dimensions de cet accord. La France s’est toujours intéressée au Rojava et aux Kurdes. Et c’est le résultat de cet intérêt.

Chomani : En 1991 également, dans la région du Kurdistan irakien…

Abdi : La France a toujours été présente. Comme je l’ai déjà dit, les États-Unis se sont montrés très faibles, ce qui a permis l’offensive. Mais lorsque le danger s’est accru, ils ont vu que l’existence du peuple kurde était menacée – et le peuple kurde a également exprimé sa position – et l’opinion publique américaine a également changé. Certains sénateurs américains ont adopté une position ferme. La position du Royaume-Uni a également changé. Même le président Trump s’est alors impliqué. 

Intégration des FDS dans l'armée syrienne

Chomani : Après avoir repoussé les attaques de l’EI contre Shengal et Kobanê, les Kurdes sont devenus la plus grande force dans la guerre contre l’EI. Aujourd’hui, les forces peshmerga sont constitutionnellement reconnues comme faisant partie de l’armée irakienne et ont également participé à la guerre contre l’EI. Les FDS vont désormais rejoindre l’armée syrienne. La menace de l’EI n’a jamais disparu. C’est une menace très importante, comme vous le savez bien. Maintenant, pour ce qui est de la manière dont les FDS vont participer à la guerre contre l’EI… Je pense que la coalition internationale n’a pas beaucoup confiance en l’armée syrienne. Elle fait davantage confiance aux FDS, et en particulier aux unités antiterroristes.

Abdi : Même si la Syrie rejoint la coalition internationale en tant qu’État, il est vrai qu’aucune mesure concrète n’a été prise. Jusqu’à présent, les FDS sont les seules à agir réellement sur le terrain. Les forces de la coalition mènent des opérations, s’efforcent de défendre les prisons. Mais nous travaillons actuellement sur la manière dont les FDS, qui vont rejoindre l’armée syrienne, peuvent participer à la guerre contre le terrorisme. Il y a des problèmes à résoudre et nous y travaillons. C’est nécessaire : l’armée syrienne peut bénéficier des connaissances et de l’expérience des FDS pour poursuivre la lutte contre Daech. C’est un sujet sur lequel nous travaillons encore.

Chomani : Un accord a maintenant été conclu, qui prévoit la création de bataillons des FDS, dont l’un sera basé à Kobanê. Mais nous savons que le projet kurde, les FDS et le confédéralisme démocratique, sont comme un monde différent de celui de Hayat Tahrir al-Sham [HTS] et du régime syrien actuel. L’un est ici, à gauche, l’autre est là, à droite. Comment les discussions ont-elles été menées à ce sujet ? Car, comme on dit, « le diable se cache dans les détails ». Comment ces deux systèmes et ces deux points de vue peuvent-ils être conciliés ?

Abdi : Cela ne posera pas de problème, la question sera résolue. Pour l’aspect militaire, nous devons trouver une solution. Comment les FDS peuvent-elles jouer leur rôle dans la défense globale de la Syrie, comment peuvent-elles faire partie de l’armée syrienne ? Nous n’avons pas encore abordé les détails de cette question. Nous avons abordé la question en termes généraux. Les FDS continueront à faire leur travail là où elles se trouvent, à Derik, Qamishlo, Hassaké et Kobanê. Et les détails dont vous avez parlé nécessitent du temps. Ils seront abordés afin que nous puissions trouver des solutions. Oui, il y a des problèmes, mais nous devons les résoudre. 

Chomani : Il y a un problème majeur : le nouveau régime syrien a été construit selon la mentalité, le système et les intérêts d’Ahmed al-Sharaa et du HTS. Nous constatons que les Kurdes et, peut-être d’autres composantes à l’avenir, notamment les Alaouites et les Druzes, feront partie de ce système. Comment avez-vous abordé ce partage du pouvoir ? Comment les Kurdes seront-ils représentés dans l’État syrien, en dehors des postes de vice-ministres.

Abdi : Ce n’est pas un problème. La question des vice-ministres est liée à l’intégration. Elle est nécessaire à l’intégration des FDS, afin que les institutions de l’Administration autonome s’intègrent. Il s’agit principalement de savoir comment les Kurdes, aux côtés d’autres peuples, peuvent faire partie du gouvernement syrien. Mais aucune mesure concrète n’a encore été prise dans ce sens. C’est un problème qui doit être résolu. Ces questions doivent être résolues dans la pratique, dans un avenir proche. Il faut s’y atteler. Personne ne s’y oppose par principe, mais des mesures concrètes sont nécessaires. Il existe actuellement un comité constitutionnel chargé de la rédaction d’une nouvelle constitution. Les Kurdes doivent y participer.

Chomani : Ils ne l’ont pas fait jusqu’à présent ?

Abdi : Ce n’est pas encore le cas. Il y a eu une déclaration constitutionnelle – qui ne mentionne pas les droits des Kurdes. Le décret n° 13 a également été publié – il devrait être intégré à la constitution. Il s’agit d’un travail à long terme pour la Syrie. 

Chomani : Je voudrais poser une autre question. Vous avez mentionné une autorité conjointe kurde. Vous voulez une autorité conjointe kurde pour le Rojava ?

Abdi : Oui, nous parlons du Rojava.

Chomani : Une conférence s’est déjà tenue avec le Conseil national kurde et des forces extérieures au TEV-DEM. Comment les Kurdes peuvent-ils s’aligner entre eux – non pas en tant qu’autorité conjointe, mais en coordination?

Abdi : La conférence qui s’est tenue le 26 avril avait pour but de former une délégation kurde interne, capable de poursuivre le dialogue et les négociations avec l’État syrien. Le travail a été fait, un accord a été conclu. Cette délégation se rendra à nouveau à Damas pour discuter de la question kurde. Il s’agit évidemment d’une évolution importante, mais les Kurdes doivent être unifiés et avoir une autorité commune. Les forces politiques kurdes doivent être unifiées. Ce n’est pas le cas actuellement. Oui, chacun peut avoir ses opinions politiques, mais les Kurdes ont besoin d’un leadership représentant leurs intérêts généraux. Que ce soit le PYD [Parti de l’Union démocratique], l’ENKS [Conseil national kurde] ou tout autre parti ou individu, ils doivent s’unir pour créer un organe politique kurde. Il ne s’agit pas nécessairement d’une autorité commune, mais il doit exister une direction politique kurde capable de représenter les Kurdes, qui soit acceptée par les Kurdes et qui puisse prendre des décisions au nom des Kurdes. Il ne s’agit pas seulement de mener des négociations, mais aussi de prendre des décisions pour la société et l’administration kurdes. Je pense que c’est l’une des plus grandes nécessités à l’heure actuelle, et nous allons nous concentrer sur cela. 

Chomani : Monsieur le général Abdi, je sais que vous n’avez pas beaucoup de temps, mais ma dernière question est la suivante : c’est la première fois que vous venez en Europe en tant qu’homme politique du Rojava et de Syrie. Avez-vous l’intention de revenir ou de vous rendre aux États-Unis ?

Abdi : C’était une grande opportunité de venir ici. C’est tout à fait possible que je revienne à l’avenir.

Chomani : Merci. Je vous souhaite bonne chance.

Abdi : Merci beaucoup.

Article traduit de l’anglais. Titre original: "General Mazloum Abdi: Did Munich Change Syria’s Future?" — article paru le 16 février 2026

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