Conseil démocratique kurde en France · Histoire & transmission
Mémoire des Kurdes de France
Des vies, des voix, une histoire commune. Préserver la mémoire, honorer les disparus et transmettre aux générations futures l’exigence de dignité, de vérité et de justice.
Une mémoire ancrée en France, reliée au Kurdistan et ouverte à toutes celles et ceux qui refusent l’oubli.
Une histoire qui appartient aussi à la France
La mémoire des Kurdes de France s’est construite dans les parcours d’exil, le travail, les engagements associatifs, les luttes démocratiques et la création artistique. Elle relie les récits familiaux aux événements publics, les langues transmises à la maison aux œuvres qui traversent les frontières.
Cette histoire porte des blessures profondes. Elle porte aussi une capacité à créer, à s’organiser et à nouer des solidarités. Faire vivre cette mémoire, c’est rendre leur place aux personnes derrière les noms et les dates, et reconnaître la contribution des Kurdes à la vie de la société française.
Les attentats terroristes des 9 janvier 2013 et 23 décembre 2022, ainsi qualifiés par le CDK-F, ont frappé des femmes et des hommes engagés dans la vie collective. Ils ont aussi atteint des lieux où l’on se rencontrait, où l’on accueillait et où l’on transmettait. Honorer les victimes engage notre responsabilité commune : protéger les personnes, défendre les libertés et refuser le racisme.
Revenir au sommaire ↑Paris · 147 rue La Fayette · 9 janvier 2013
9 janvier 2013 : un attentat terroriste, trois vies, une exigence de justice
Le 9 janvier 2013, Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez perdent la vie dans un attentat terroriste visant les locaux du Centre d’information du Kurdistan, dans le 10ᵉ arrondissement de Paris. Trois générations de femmes engagées pour la cause kurde sont frappées au cœur d’un espace de représentation et de dialogue.
Sakine Cansız
Figure historique du mouvement kurde, elle incarne une trajectoire de résistance et d’engagement des femmes.
Fidan Doğan
Responsable du Centre d’information du Kurdistan, elle portait la parole kurde auprès des interlocuteurs français et européens.
Leyla Şaylemez
Militante du mouvement de jeunesse kurde en Europe, elle représente une génération engagée dans la vie collective.
Le suspect principal est mort en détention en décembre 2016, avant son procès. Les familles et le CDK-F poursuivent leur combat pour faire toute la lumière sur les responsabilités et les commanditaires. Les débats parlementaires ont notamment porté sur l’accès aux documents classifiés et sur les moyens donnés à la justice.
Pour le CDK-F, l’hommage aux victimes demeure indissociable de l’exigence de vérité, de justice et de protection des Kurdes en France.
Paris · Rue d’Enghien · 23 décembre 2022
23 décembre 2022 : un attentat terroriste contre un lieu de vie
Le 23 décembre 2022, un attentat terroriste vise directement le Centre démocratique du Kurdistan de Paris, rue d’Enghien. Emine Kara, connue sous le nom d’Evîn Goyî, le chanteur Mehmet Şirin Aydın, connu comme Mîr Perwer, et Abdurrahman Kızıl sont tués. D’autres personnes sont blessées.
Evîn Goyî
Emine Kara, engagée dans le mouvement des femmes kurdes et dans la lutte contre Daech.
Mîr Perwer
Mehmet Şirin Aydın, chanteur kurde réfugié en France, dont la voix appartient à la mémoire culturelle de la diaspora.
Abdurrahman Kızıl
Membre de la communauté kurde et habitué de l’association, présent dans ce lieu de rencontre et de solidarité.
Le CDK-F porte la qualification d’attentat terroriste et demande sa pleine reconnaissance par les autorités. Il poursuit son engagement pour la vérité, la justice et la protection des Kurdes de France.
Ce jour a rappelé la vulnérabilité d’un lieu où l’on venait pour parler sa langue, retrouver des proches et participer à la vie associative. Préserver leur mémoire, c’est défendre le droit de chacune et chacun à vivre et à s’engager sans peur.
Revenir au sommaire ↑Paris · 23 décembre 1985
Nazif Aktaş : inscrire aussi les premières blessures dans l’histoire
L’assassinat de Nazif Aktaş à Paris, le 23 décembre 1985, constitue un repère plus ancien de la mémoire militante kurde en France. Sa sépulture au Père-Lachaise rappelle que les violences et les deuils de l’exil précèdent les attentats terroristes de 2013 et de 2022.
Également connu sous le prénom Mehmet Nazif, il repose au Père-Lachaise sous le nom de Mustafa Nazif Aktaş.
Son souvenir appelle à recueillir les archives et les témoignages, en distinguant les faits documentés des récits militants sur les circonstances et les responsabilités.
Revenir au sommaire ↑Les figures de l’exil et de la création
La France est un lieu d’accueil, de création et de sépulture pour plusieurs grandes figures kurdes. Leurs itinéraires ne se confondent pas, mais leurs œuvres et leurs engagements continuent de relier les générations.
Ahmet Kaya
Mort à Paris le 16 novembre 2000, Ahmet Kaya avait trouvé refuge en France après les poursuites et les attaques suscitées par l’affirmation de son identité kurde. Ses chansons donnent une place à l’exil, à l’injustice et à la dignité.
Inhumé au Père-Lachaise, il demeure un point de rencontre entre les mémoires kurde, turque et française. Sa voix se transmet bien au-delà de ceux qui l’ont connu.
Yılmaz Güney
Cinéaste et acteur kurde, Yılmaz Güney arrive en France en 1981. Le film Yol reçoit la Palme d’or à Cannes en 1982. Il réalise ensuite Le Mur en France et meurt à Paris en septembre 1984.
Son cinéma porte à l’écran les dominations sociales, l’enfermement et les aspirations à la liberté. Sa tombe au Père-Lachaise et le jardin parisien qui porte son nom inscrivent cet héritage dans l’espace public.
Abdurrahman Ghassemlou
Universitaire et dirigeant du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Abdurrahman Ghassemlou défendait un Iran démocratique et la reconnaissance des droits du peuple kurde. Il est assassiné le 13 juillet 1989 à Vienne, en Autriche, lors de pourparlers.
Son assassinat a eu lieu hors de France. Sa sépulture au Père-Lachaise inscrit néanmoins sa mémoire dans l’histoire des Kurdes de France.
Des lieux et des solidarités pour ne pas oublier
Les lieux des attentats terroristes à Paris
Le 147 rue La Fayette et la rue d’Enghien sont des adresses de recueillement et de mobilisation. Les rassemblements y rendent leur nom aux victimes et maintiennent une exigence collective de justice.
Le Père-Lachaise
Les sépultures d’Ahmet Kaya, de Yılmaz Güney, d’Abdurrahman Ghassemlou et de Nazif Aktaş forment des points d’ancrage de la mémoire kurde à Paris. Les visites et les hommages relient les proches, les habitants et les générations de l’exil.
La langue, un patrimoine vivant
Kamuran Ali Bedir Khan, enseignant de kurde à Paris de 1947 à 1970, appartient à l’histoire intellectuelle des relations franco-kurdes. Son travail rappelle que transmettre une langue, des textes et des savoirs constitue aussi un acte de mémoire.
Les solidarités françaises
L’engagement de Danielle Mitterrand aux côtés du peuple kurde occupe une place particulière dans la mémoire des solidarités françaises. Cette histoire comprend aussi les associations, les élus, les chercheurs et les citoyens qui ont noué des liens durables avec les Kurdes.
Quelques repères pour se situer
Cette chronologie est une porte d’entrée. Elle réunit des événements survenus en France et des parcours dont la mémoire s’y est enracinée.
- 1947–1970Kamuran Ali Bedirkhan dirige la chaire de langue kurde inaugurée deux ans plus tôt par le linguiste Roger Lescot à l’Ecole nationale des langues orientales vivantes (actuel Inalco).
- 1984Mort de Yılmaz Güney à Paris.
- 23 décembre 1985Assassinat de Nazif Aktaş à Paris.
- 13 juillet 1989Assassinat d’Abdurrahman Ghassemlou à Vienne ; sa mémoire est notamment honorée à Paris.
- 16 novembre 2000Mort d’Ahmet Kaya à Paris.
- 9 janvier 2013Attentat terroriste contre Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez.
- 23 décembre 2022Attentat terroriste de la rue d’Enghien : Evîn Goyî, Mîr Perwer et Abdurrahman Kızıl perdent la vie.
La mémoire se transmet. Elle se construit ensemble.
Une photographie identifiée, une affiche conservée, une chanson, un récit familial ou le témoignage d’une vie associative peuvent éclairer une histoire collective. Le CDK-F souhaite faire vivre une mémoire accessible, attentive aux personnes et utile aux nouvelles générations.
Vous possédez des archives ou souhaitez signaler un repère de cette histoire ? Contactez-nous en précisant les noms, les dates, les lieux et l’origine des documents. Tout témoignage destiné à être rendu public doit être vérifié et partagé avec l’accord des personnes concernées.
