À l’occasion du sixième anniversaire de l’invasion de Shengal (Sinjar) par Daesh, nous commémorons les victimes du féminicide et du génocide des Yézidis, une minorité kurde non-musulmane considérée comme hérétique par l’islam radical. Nous avons également une pensée profonde pour les milliers de femmes et d’enfants de cette communauté enlevés par Daesh et toujours portés disparus.

Le 3 août 2014, l’organisation djihadiste Daesh a lancé une grande offensive contre la région de Shengal, au Sud-Kurdistan (Irak), à population majoritairement kurde-yézidie. En quelques semaines, ses troupes ont froidement exécuté des milliers de membres de cette communauté, les jetant dans des fosses communes. Plus de 6 500 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont par ailleurs été kidnappées, violentées, vendues sur les marchés aux esclaves de Daesh. A l’heure actuelle, près de la moitié des personnes enlevées sont toujours portées disparues.

Le génocide des Yézidis de Shengal est également un féminicide, car les femmes ont été ciblées par Daesh, en raison de leur sexe, et de manière massive et systématique.

Au moment de l’invasion, des dizaines de milliers de yézidis tentant de s’enfuir sont restés bloqués dans les montagnes, sans eau, ni nourriture, pendant des jours et des semaines, dans une chaleur suffocante. Nombre d’entre eux, surtout des enfants et des personnes âgées, sont morts de déshydratation ou d’épuisement.

Alors que les forces militaires locales se sont retirées de Shengal juste avant l’arrivée de Daesh, laissant la population sans défense, les forces kurdes du Rojava (YPJ/YPG) et de Qandil (HPG, branche armée du PKK) ont rapidement envoyé des unités dans la région, sauvant les yézidis d’un génocide encore plus effroyable. Des dizaines de milliers de personnes ont pu ainsi fuir vers le Rojava grâce à un couloir de sécurité mis en place par les forces kurdes.

Aujourd’hui, la population de Shengal s’efforce de soigner ses blessures et de se reconstruire. Les Yézidis ont mis en place des mécanismes d’autogestion et d’autodéfense. Le retour récent de plus de 1 500 familles Yezidies à Shengal renforce encore plus la détermination de la population à poursuivre sa lutte pour la liberté et la paix.

Ceci préoccupe fortement le régime d’Erdogan opposé à toute forme d’existence des Kurdes. La Turquie, membre de l’OTAN, a mené au cours des dernières années plusieurs attaques aériennes meurtrières sur Shengal. Au-delà de terroriser la population, son but est de continuer le génocide et le féminicide entamés par Daesh. Il faut dire que, dans son expansionnisme débridé, le « Sultan Erdogan » convoite également cette région.

Nous demandons :

– La reconnaissance par la communauté internationale du génocide des yézidis et la mise en place d’un tribunal pénal international pour enquêter sur les massacres de Shengal et condamner les responsables ;

– L’octroi à la région de Shengal d’un statut d’autonomie reconnu par l’ONU et garanti par la constitution irakienne, ainsi qu’une aide internationale pour la reconstruction de la ville. Ce n’est qu’à cette condition que la population de Shengal pourra s’organiser pour défendre ses droits et libertés et assurer le retour des personnes déplacées et exilées.

– Des sanctions internationales contre la Turquie et la condamnation des crimes de guerre qu’elle a commis dans cette région.